Conférence annuelle du Huntington Study Group - 2ème jour 
La conférence annuelle du Huntington Study Group s'est tenue en octobre 2020 de manière virtuelle.
Mis en ligne le 21 novembre 2020

Le deuxième jour de la conférence était consacré à une mise au point sur les essais cliniques et les médicaments en développement dans le cadre de la maladie de Huntington.

* Celui-ci a démarré avec l’exposé de la compagnie Vaccinex qui a fourni un aperçu de leurs travaux sur l’essai clinique SIGNAL.
Malheureusement, le médicament "pepinemab", testé dans le cadre de cet essai, n’a pas influencé les symptômes MH et l’étude SIGNAL n’a pas atteint ses principaux objectifs cliniques.
Les scientifiques de l’essai SIGNAL ont suggéré qu’avec différents groupes de patients ou régimes de traitement, le médicament "pepinemab" pourrait encore être prometteur pour le traitement de la MH mais cela reste à voir.

* L’exposé suivant était de l’équipe de Lori Quinn (Université de Columbia) et Shelley Knewstep-Watkins (Université de Virginie) qui a parlé de l’utilisation de la physiothérapie et de l’ergothérapie pour les patients atteints de la maladie de Huntington.
Alors que nombre d’entre nous sait de manière anecdotique que l’exercice et autres formes d’activités peuvent nous permettre de nous sentir mieux mentalement et physiquement, le rôle de la physiothérapie et de l’ergothérapie dans le cadre de la MH n’a été bien étudié que relativement récemment.

Quinn et Knewstep-Watkins ont couvert les conclusions d’une revue systématique récente de physiothérapie qui soutient l’utilisation de la physiothérapie pour les patients atteints du stade précoce au stade avancé.
Elles ont également mise en évidence PACE-HD, un essai clinique examinant les résultats de l’activité physique et de l’exercice dans le cadre de la maladie de Huntington, dont on espère avoir bientôt des conclusions détaillées.
La technologie permet également de surveiller l’activité physique des patients MH grâce à l'utilisation d'appareils portables censés favoriser la pratique de l'exercice et les services de télésanté pour gérer les soins aux patients, lorsque les réunions en personne ne sont pas possibles.

Le Docteur Nikolaus McFarland (Université de Floride) a présenté l’exposé suivant sur les troubles cognitifs légers et la démence chez les patients MH présentant des symptômes physiques ou moteurs.
McFarland et son équipe ont examiné les données de patients issues de l’étude Enroll-HD.
Ils ont constaté que les troubles cognitifs légers et la démence sont des symptômes assez courants chez les patients MH qui ont commencé à présenter des symptômes moteurs et que les troubles cognitifs légers sont généralement pires chez les patients possédant des répétitions CAG plus longues.
La compréhension des symptômes auxquels s'attendre chez les patients à tous les stades de la maladie est utile pour les cliniciens afin qu'ils puissent prescrire les meilleurs soins possibles.

Lors de l’exposé suivant, quatre professionnels de la santé ayant des compétences en matière de maladie de Huntington, dont un assistant social, un psychologue et deux neurobiologistes, ont donné un aperçu sur les changements de comportement qui sont courants dans le cadre de la maladie de Huntington.
Ces changements très précoces sont importants pour les médecins et les membres familiaux à connaître et à identifier afin de pouvoir soutenir efficacement leur patient ou un être cher.
Ce type de formation professionnelle est particulièrement important pour les nombreux médecins qui ne voient que quelques patients atteints par la MH par an.

L’après-midi était consacrée à un tour d’horizon des essais cliniques, une série de brèves présentations par les compagnies pharmaceutiques qui testent toutes ou prévoient de tester des médicaments MH dans des essais humains.

* Le Docteur Michael Hayden (Université de la Colombie-Britannique) a parlé de l’étude PROOF-HD menée par une nouvelle compagnie dénommée Prilenia.
Cet essai évaluera l’utilisation potentielle de la pridopidine pour le traitement des patients MH.
De précédents essais portant sur la pridopidine ont abouti à des résultats décevants ( Article HDBuzz du 16/12/2016).
Mais dans la mesure où certains patients peuvent avoir montré des améliorations s’agissant de leur capacité à agir au travail ou à la maison, la compagnie Prilenia planifie PROOF-HD, un essai plus vaste portant sur la pridopidine.
Cet essai de phase III impliquera davantage de patients (environ 500) à un stade précoce de la maladie qui prendront le médicament pendant plus d’une année dans l’espoir que de meilleurs résultats seront obtenus.

* La compagnie Wave Life Sciences a mené les études PRECISION-HD1 et PRECISION-HD2, deux essais portant sur des médicaments ASO visant à réduire la huntingtine néfaste tout en conservant la version saine intacte.
Jusqu’à présent, les médicaments ont été bien tolérés et après avoir observé des réductions prometteuses des taux de la huntingtine, la compagnie Wave a ajouté un groupe à dose plus élevée aux deux essais.
Ils ont également indiqué qu’ils prévoyaient un essai portant sur un troisième médicament similaire.
En raison des exigences génétiques particulières de ces traitements, s’ils réussissent, ils pourraient être utilisés chez environ 80% des personnes atteintes de MH.

* UniQure a présenté une mise à jour sur le statut de l’étude HD-Gene TRX-1 portant sur le médicament AMPT-130.
Il s’agit d’une thérapie génétique pour la MH administrée une seule fois par chirurgie cérébrale et conçue pour diminuer les taux de la huntingtine dans le cerveau.
Ils procèdent avec soin sur cet essai car il s’agit du premier de ce type.
Les deux premiers patients ont subi la procédure en juin 2020, et aucun problème de sécurité n’étant survenu, les deux patients suivants ont été traités en octobre 2020.
Il s’agit d’une très petite étude avec environ 26 personnes devant être recrutées aux Etats-Unis.

* La compagnie Annexon Biosciences travaille sur des médicaments pour cibler les protéines qui éliminent les connexions entre les neurones.
Ce processus, connu sous le nom de "taille synaptique" est très important pendant le développement cérébral mais dans des maladies comme la maladie de Huntington, il devient hyperactif à l’âge adulte.
Leur médicament ANX005 est conçu pour ralentir la taille pendant la maladie afin de préserver davantage de cellules dans le système nerveux.
Son innocuité a été testée avec succès chez des personnes atteintes d’une maladie nerveuse appelée le syndrome de Guillain-Barré.
La compagnie Annexon Biosciences mène actuellement un petit essai portant sur l’innocuité (24 patients) afin de tester si le médicament est sans danger pour les patients MH avec l’espoir qu’il pourrait être utilisé à l’avenir afin de préserver les cellules cérébrales.

* La compagnie Neurocrine Biosciences mène l’essai KINECT-HD afin de tester l’efficacité d’un médicament appelé valbenazine pour la chorée, les symptômes moteurs de la MH.
Ce médicament est approuvé pour les patients atteints de dyskinésie tardive qui, comme les patients MH, présentent des mouvements involontaires de la face et des membres.
L’essai KINECT-HD est un essai de 14 semaines qui impliquera environ 120 patients âgés de 18 à 75 ans.
Ceux qui terminent l’essai peuvent rejoindre l’essai KINECT-HD2, une étude d’extension en ouvert, dans laquelle tous les participants reçoivent le médicament à l’étude pendant une période prolongée.

* Le groupe Roche a donné une brève mise à jour de leur essai GENERATION-HD1 phase III en cours qui teste un médicament de diminution de la huntingtine appelé tominersen.
Le recrutement de l’étude est complet avec environ 800 participants sur plus de 100 sites à travers 18 pays.
Ce vaste essai vise à étudier l’innocuité, la stratégie de dosage et surtout si tominersen peut ralentir ou stopper l’évolution de la MH.
Les résultats sont attendus en 2022.
Le groupe Roche a également partagé les résultats de leur étude d’extension en ouvert au cours de laquelle les participants ont pris tominersen tous les mois ou tous les deux mois pendant plus d'un an.
Ils ont constaté que des doses moins fréquentes étaient mieux tolérées et réduisaient encore considérablement la huntingtine.

* La compagnie Azevan Pharmaceuticals a présenté ses données et ses plans futurs pour son médicament SRX46.
Elle a testé si celui-ci peut être utilisé pour traiter les patients MH qui subissent des épisodes d’irritabilité et d’agression extrêmes.
La compagnie Azevan a mené un essai de phase II appelé STAIR, qui a révélé que SRX246 était sans danger pour les patients MH et a réduit le nombre d’explosions agressives qu’ils ont subies.
Ils prévoient maintenant un essai de Phase III plus vaste.
Il s’agit du premier médicament à se concentrer spécifiquement sur un symptôme comportemental chez les patients MH.

* La compagnie Norvatis a partagé des données sur son médicament branaplam et prévoit de le tester chez les patients MH.
Branaplam a été développé pour une maladie génétique infantile appelée atrophie musculaire spinale mais il a également été constaté qu'il abaissait la huntingtine chez les enfants atteints d’atrophie musculaire spinale.
En découvrant ce fait, la compagnie Norvatis a commencé à tester branaplam pour diminuer la huntingtine chez des souris MH et des cellules de patients MH et lorsque cela a réussi, ils ont débuté un petit essai portant sur l’innocuité de ce médicament chez des adultes en bonne santé.
Jusqu’à présent, le médicament a été sans danger et bien toléré, et la compagnie Norvatis prévoit de débuter un essai de Phase IIb en 2021 chez des patients MH âgés de 25 à 75 ans ayant commencé à présenter des symptômes moteurs précoces.
Le médicament branaplam est administré par voie orale et le potentiel d’un médicament de diminution de la huntingtine par voie orale est très intéressant. HDBuzz a parlé de Norvatis et de branaplam dans un article récent concernant la désignation de médicament orphelin ( Article du 25 octobre 2020).

Ensuite, le Dr Lauren Seeberger, neurologue du Colorado, a parlé d’une initiative de recherche appelée HD-NET, une enquête de 2020 auprès de la communauté des prestataires de soins de santé MH aux États-Unis.
Une équipe de médecins, de chercheurs et de défenseurs de patients a conçu l’étude afin d’identifier les difficultés persistantes dans les soins et la recherche MH.
Grâce à des entretiens téléphoniques avec des experts et non-experts en MH, ils identifient de nouvelles façons de surmonter les défis de la communauté MH, tels qu’un financement limité, une formation insuffisante des médecins et un manque de solutions de soins de longue durée.

Lors d’une présentation finale émouvante de la journée, le Docteur Ignacio Muñoz-Sanjuan, un neuroscientifique travaillant au sein de la fondation CHDI, a parlé de son travail en qualité de Président de l’organisation FACTOR-HD.
Il s’agit d’une organisation qui s’efforce à diminuer la souffrance des communautés pauvres d’Amérique du Sud où de nombreuses personnes sont touchées par la maladie de Huntington.
Il a partagé de poignantes vidéos de familles et d’individus au Vénézuela et en Colombie, et a parlé des implications sociales de la MH dans le contexte de l’extrême pauvreté.
Il a souligné que l’aide aux familles MH implique bien plus que le développement de traitements.
L’organisation FACTOR-HD travaille avec les communautés locales afin de fournir des produits de première nécessité et des médicaments, et pour former de nouvelles générations de jeunes autonomes à risque MH.

Traduction Libre (Dominique C . - Michelle D.)

Source :   - Article des Dr Léora Fox et Dr Rachel Harding du 1er novembre 2020